Psy : exercer en Chine

Est-il possible d’exercer son métier de psychologue, psychiatre ou psychothérapeute en Chine et à quelles conditions ? Voilà la question à laquelle je vais tenter de répondre ici, en ce qui concerne en tout cas la République Populaire de Chine (à l’exclusion des zones administratives spéciales comme Hong Kong, soumise à une réglementation spécifique selon le principe « un pays, deux systèmes » appliqué après sa rétrocession à la Chine en 1997).

 

La question des visas

Quelle que soit la profession, les étrangers souhaitant travailler en Chine doivent obtenir avant leur départ un visa de travail (visa Z), lequel permettra une fois sur place de faire établir 1) un working permit, document officiel attestant de son emploi légal en Chine (à renouveler tous les ans), 2) un residence permit qui remplacera le visa sur leur passeport et permettra d’entrer et sortir du territoire sur la durée mentionnée (la réglementation permet désormais d’établir des residence permit jusqu’à cinq ans maximum).

L’obtention d’un visa Z nécessite d’avoir déjà trouvé un emploi, puisque certaines démarches doivent être réalisées par l’employeur, pour fournir notamment l’alien employment licence qui l’autorisera à vous employer en tant qu’étranger. Travailler en dehors de ce cadre légal fait prendre le risque de se faire expulser du territoire (en moins de 24h) et d’avoir des difficultés à obtenir un nouveau visa pour la Chine.

 

Libéral, salarié, entrepreneur : quel statut choisir ? 

Le statut de libéral n’existe pas en Chine, quelle que soit la profession. Par conséquent il n’existe pas de système de médecine de ville et tous les professionnels de santé exercent soit à l’hôpital soit dans des cliniques ou des cabinets privés ayant un statut d’entreprise. Restent donc deux possibilités pour les psy souhaitant exercer en Chine : trouver un poste de salarié dans une structure existante ou créer leur propre structure. Obtenir un poste salarié est certainement la solution la plus simple, l’employeur se chargeant des démarches relatives au visa (le mode de collaboration le plus fréquent étant celui de la rétrocession d’honoraires).

  • Les médecins (dont les psychiatres) ne pourront travailler et prescrire que dans des structures disposant d’une licence médicale, c’est à dire les hôpitaux internationaux et les structures médicales internationales (type Parkway Health ou Raffles Medical). Leur processus de recrutement peut être long (jusqu’à un an) mais leur assure une parfaite reconnaissance de leur diplôme en Chine puisqu’ils sont alors inscrit dans le registre des médecins comme leurs collègues chinois.
  • Les psychologues étrangers peuvent également travailler dans ces structures médicales, qui sont les seules à pouvoir les déclarer comme psychologues auprès des autorités (le titre de psychologue sera alors porté sur le working permit). Ils peuvent être embauchés sans difficulté particulière dans ces structures internationales s’ils sont régulièrement enregistrés comme psychologue dans leur pays d’origine (registre ADELI pour les français par exemple, à faire avant son départ donc), y compris s’ils n’ont « qu’un » diplôme de Master (contrairement à nos collègues nord américains qui ont un PhD). Il est également possible de travailler pour des structures ou des centres de taille plus modestes, lesquels exerceront généralement sous une business licence non-médicale (consulting santé, éducation ou autre). Dans ces structures l’intitulé du poste déclaré aux autorités (qui figurera donc sur le working permit) ne pourra pas être celui de psychologue. Ici toutes les fantaisies sont permises : consultant, formateur, responsable de service client, tout dépend de l’imagination de votre employeur. Malgré cette zone grise réglementaire, les autorités tolèrent (pour l’instant) les pratiques de ces structures dans la mesure où elles n’accueillent que des expatriés (attention toutefois si vous recevez des patients chinois : la délation à l’administration est une pratique fréquente, encouragée et même rémunérée par les autorités).
  • Les psychothérapeutes sont les professionnels dont le statut est sans doute le plus complexe en Chine, les autorités chinoises s’étant attelées dès 2013 à leur contrôle strict. Il est par exemple vivement recommandé aux psychologues de ne pas mentionner le titre de psychothérapeute sur leurs cartes de visites (sauf s’ils sont dûment enregistrés au registre national chinois). Des équivalences sont possibles pour les thérapeutes étrangers, mais les autorités exigent cinq ans minimum d’expérience professionnelle en tant que thérapeute pour valider un dossier (l’expérience en libéral n’est pas prise en compte).
  • La psychanalyse a été condamnée au même titre que la psychologie et la psychiatrie occidentales durant des dizaines d’année dans la Chine communiste au nom de la lutte contre les valeurs bourgeoises. Elle y a été à nouveau progressivement autorisée depuis les années 1990 et il existe aujourd’hui une association psychanalytique chinoise membre de l’IPA (voir leur site web).  Les psychanalystes étrangers peuvent donc pratiquer en Chine sans être inquiétés mais sans disposer non plus d’un statut spécifique reconnu (pas de mention « psychanalyste » sur le working permit).

Enfin il est également possible de créer sa propre structure lorsqu’on s’inscrit dans une perspective au moins de moyen terme en Chine. Il faut alors se transformer en entrepreneur et créer une structure juridique, choisir et payer sa business licence et faire face à toutes les obligations réglementaires locales (impôts, déclaration de salariés, etc.). De nombreux entrepreneurs français font ce choix tous les ans et conseillent volontiers les nouveaux arrivants dans les démarches à effectuer. Bon à savoir : créer son entreprise ouvre droit au fameux visa de travail. Pour les résidents du sud de la Chine (Canton, Shenzhen notamment), il peut être intéressant d’étudier la possibilité de créer une structure de droit hong-kongais plutôt que de droit chinois.

 

Groupes d’échanges professionnels

Il existe à ce jour deux groupes d’échanges professionnels à Shanghai.

  • S-IMHA (Shanghai International Mental Health Association), qui permet aux professionnels de santé mentale (et aux étudiants) de se regrouper dans une structure proposant des groupes de réflexion, une journée de formation annuelle ainsi que des échanges cliniques entre collègues. De tous horizons et de toutes nationalités, les professionnels de S-IMHA permettent de se frotter à la grande diversité des formations et des pratiques de nos collègues dans le monde.
  • Le groupe des professionnels de santé francophones de Shanghai a été créé à l’initiative d’un médecin français, le Dr Donval, et s’appuie sur le pôle santé de l’UFE pour réunir régulièrement les professionnels de santé francophones sur Shanghai. Il s’agit d’une excellente porte d’entrée pour connaître rapidement tous les collègues lorsqu’on s’installe à Shanghai et amorcer des collaborations autour de situations cliniques complexes.

Pour ce qui est de Pékin, il existe également un groupe d’échange plus informel des professionnels psy, qui se réunit deux à trois fois par ans pour échanger sur les pratiques et les conditions d’exercice (voir directement avec les collègues de Pékin pour y participer).

 

Malgré les particularités réglementaires locales, il est tout à fait possible d’exercer sa profession dans d’assez bonnes conditions en Chine. La population francophone installée dans les grandes métropoles y est importante (notamment à Shanghai et Pékin, dans une moindre mesure à Shenzhen, Wuhan ou Chengdu), et les tarifs de consultation locaux beaucoup plus élevés qu’en Europe. Attention toutefois : la population tend à décroître du fait du ralentissement économique de la Chine et peu de professionnels de santé mentale parviennent à travailler à temps plein et donc à faire face seuls au coût de la vie locale.

 

Gaëlle Pradillon (psychologue clinicienne, Shanghai).

Avec l’aimable concours de Sophie de Fauconval (psychologue clinicienne, Shanghai), Gaëlle Cassier (psychanalyste, Pékin) et Anne-Sophie Jouan (psychopraticienne, Pékin).

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